vivre avec et non vaincre la dépression (post long)

Dépression majeure - Dépression saisonnière - Dépression post-partum - Dysthymie
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Désespoir
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Enregistré le : 20 janv. 2018, 09:11

vivre avec et non vaincre la dépression (post long)

Message par Désespoir »

Bonjour à tous,

C'est la première fois de ma vie, que je vais m'exprimer dans un groupe concernant ma santé mentale. Je penses que c'est un peu plus facile puisqu'il s'agit d'un forum où personne me connait.

Je suis à mon 3ième ou 4ième épisode de dépression majeure avec ajout de quelques commotions cérébrales, dont 2 importantes ( 1 à l'âge de 7 ans et une autre en 2013) . Ma dernière récidive fait suite à un accident auto/vélo qui m'a achevé psychologiquement et physiquement. Il faut dire que je n'étais pas très top même avant cet accident, mais j'étais fonctionnelle. Fermeture d'un commerce au printemps 2014, faillite personnelle automne 2014, fermeture de l'entreprise non réglé encore à ce jour, douleurs chroniques, limitations fonctionnelles suite à l'accident auto/vélo, je n'arrives pas à remonter la pente, cette fois-ci et pour couronner le tout, la SAAQ va m'envoyer en expertise pour tenter de me consolider au niveau de la dépression, alors que je suis en attente de voir un psychiatre à l'hôpital, pour revoir ma médication. Il faut comprendre que j'ai fait une tentative de suicide au printemps 2016 et que mon accident est survenu à la fin de l'été 2015. Je voyais que je dépérissais depuis l'accident et je sentais que ma dépression s'empirait, mais mon copain à l'époque me disait que j'arriverais à m'en sortir sans médicaments. Pourquoi je l'ai écouté? J'avais peut-être un espoir dans le fond de moi que j'y arriverais sans médicaments. Encore aujourd'hui, je me demandes si les médicaments aident vraiment puisqu'on nous dit constamment qu'on doit changer nos perceptions, travailler notre discours interne, mettre en place des nouvelles façons de fonctionner au niveau cognitif, alors à quoi sert les médicaments dans ce cas?

Je croyais sincèrement que j'irais beaucoup mieux qu'en ce moment et que je serais à nouveau normal. Psychothérapie x 1 an, ergothérapie x 2 mois, bénévolat pour m'aider à sortir de chez moi, je tentes par tous les moyens de retrouver le goût à la vie, d'avoir de l'énergie et d'arriver à fonctionner cognitivement pour plus que quelques heures, par jour.

Je ne croyais pas possible de vivre autant de variation de l'humeur, de découragement et honnêtement de désespoir. J'ai beau essayé d'en parler à mes quelques amis que je côtoie encore ( je m'isole beaucoup et j'ai très peu envie de socialiser), mais il me semble difficile de bien exprimer l'ampleur de mon désespoir et comment je me sens.

Je me sens comme un gouffre sans fond à l'intérieur de moi, ma tristesse n'a pas de fin et je vis avec un personnage à l'intérieur de moi qui passe son temps à me mettre des bâtons dans les roues ( dénigrement, discours négatifs, dévalorisation de soi) et qui prend le dessus lorsque je tentes de mettre en place mes outils cognitifs. Le positif n'arrive pas à prendre le dessus sur le négatif. Le moindre stress, me fait rechuter d'avantages et je passes mon temps à combattre encore des idées suicidaires.

Il y a des jours où je me lève et que je sens que je vais mieux et qu'enfin, j'aurai une journée plaisante et normale. Ces jours ne se succèdent pas par contre et depuis quelques mois, sont de plus en plus rares.

On m'a suggéré d'enlever mon masque, puisque j'en met un à chaque fois que je sors de chez moi, mais qui a envie de discuter avec une personne dépressive, qui n'a aucune joie de vivre et qui sombre dans la noirceur? Même en lisant les posts sur certains forum ou page facebook, je me sens complètement down et découragé!

J'ai décidé que j'enlevais mon masque devant les gens et les gens ne savent pas trop comment agir et je vois que ça les met mal à l'aise. Au bénévolat que je fais, on me parle moins, je vois qu'on est plutôt mal à l'aise. Je suis tanné de faire semblant, puisque ça ne m'aide pas du tout.

Dimanche, j'ai pris la décision de prendre ça une heure à la fois. Difficile quand on fait de l'anxiété dans le tapis, mais je vois très bien qu'on est seule dans notre désespoir, peu importe ce que les ''aidants'' vont dire (les médecins, psychologues, ergo,etc.) On est seule, puisque personne peut travailler sur nos perceptions, notre discours interne, notre anxiété et nos idées noires, à part nous-même. Personne peut enlever notre détresse, notre tristesse sans fin, nos bobos continuels, personne peut nous donner confiance en nous et remonter notre estime de soi. Je constates que ça revient à chacun de faire ce travail, qui est disons-le, monumentale.

Pour moi, le pire c'est la fatigue chronique, écrasante, qui même si je m'active régulièrement (faire de l'exercice), me met à terre, m'atteint cognitivement ( j'ai comme le cerveau toujours embrouillé, qui a de la difficulté à réfléchir longtemps et à voir clairement, difficulté à retenir des informations et à analyser). Pourtant, je manges bien, je ne touche pas à l'alcool, ni les drogues, je prends soins de moi et malgré tout cela, je ne remonte pas la pente. L'insomnie...ensuite la fatigue constante, ensuite l'hypersomnie et la roue tourne et tourne....l'irritabilité et le manque de patience...

Il y a des matins, où je sens que je suis en crise, sans raison, les idées suicidaires me hurlent sans cesse, je vois bien que ça aucun sens, mais je suis incapable de les faire cesser. Je vois bien que je dois parler à quelqu'un, sortir de chez moi, m'occuper pour faire cesser la crise, la honte s'empare de moi et je n'arrive pas à parler à quelqu'un. J'arrives par contre à m'occuper, pour me changer les idées, temporairement. On dirait qu'à chaque crise, il y a toujours un petit morceau qui demeure dans la tête, pour juste être plus fort, lors de la prochaine crise.

Je me dis aussi que je dois être responsable de mon état, que je me maintiens dépressive et que tout est de ma faute. J'ai la perception que les gens incluant les aidants, ne semblent pas comprendre comment je peux être si longtemps en dépression, alors je me sens fautive et responsable. Je me sens coupable de penser comment je penses, de ne pas être plus fonctionnelle et de ne pas contrer mes pensées négatives. Je me sens coupable de ne pas ressentir la joie, de ne pas apprécier tout ce que la vie m'offre, de ne pas avoir le goût à rien. Je me sens coupable, puisqu'on me dit que la vie n'est pas toujours rose et qu'il est normal de ne pas être toujours joyeux, donc j'entends qu'il est normal mon état et que je n'ai qu'à me botter le derrière et d'accepter que la vie c'est comme ça!

Ça fait tellement longtemps qu'on me dit des choses, que j'ai perdu confiance en mes capacités, de décider pour moi, ce qui est normal ou pas. Je me fais dire que quand on est en dépression, il ne faut pas prendre de grande décision, qu'on est souvent impulsif et pas dans un état mental pour prendre des décisions éclairées. C'est un peu contradictoire non? Les conseils reçus sont prends soins de toi, apprend à gérer tes pensées, apprend à avancer quand même dans la vie, soit actif, socialise, retourne au travail le plus vite possible, mais ne fais pas confiance à tes pensées non plus, puisqu'ils sont faussées par la dépression.

Donc, depuis dimanche, j'ai décidé que j'essayais de prendre ça, une heure à la fois. Je me blâme pour tout et donc le matin au lever et le soir au coucher, je me répète sans cesse, je me pardonnes, comme un chant de méditation. Vue que je considères maintenant qu'il n'y a juste moi qui peut changer quelque chose, je me suis dit que je vais essayer juste une chose, tous les jours pour voir si ça peut vraiment fonctionner. Et j'ai décidé d'écrire sur ce forum, pas pour être nécessairement lu, mais pour arrêter de me cacher, d'essayer de cesser d'avoir honte. Je sais que je ne me divulgue pas entièrement, puisque je caches mon nom, mais pour moi c'est un début.

J'ai décidé que j'essayerais de mettre mon énergie, à juste vivre une heure à la fois, une journée à la fois, au lieu d'essayer d'avoir toutes les réponses pour le futur. Je ne les aurais jamais et je crois avoir compris que les réponses vont arriver au fur et à mesure que j'en ai vraiment besoin, du moins je l'espère. Est-ce que j'ai le goût de vivre? Honnêtement, je n'en ai aucune idée! Pourquoi? Aucune idée, c'est juste comme ça que je ressens les choses.

Une connaissance vient de décédé, il y a quelques jours, d'une crise cardiaque, 49 ans, pleine forme, un grand sportif, 3 beaux enfants, une conjointe qui l'aimait et un gars qui trippait sur la vie. Les condoléances à profusion sur facebook, les gens qui déclaraient une grande perte pour la société, etc. Et puis, pouff, chacun continue sa vie, sa routine, comme si de rien n'était. Je ne sais pas pourquoi cela me fait réagir, mais ça me dérange en dedans, je trouves ça triste.
Mrs Self Destruct
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Enregistré le : 16 août 2016, 05:26

Re: vivre avec et non vaincre la dépression (post long)

Message par Mrs Self Destruct »

Ton message me parle beaucoup parce-que je me sens exactement comme ça depuis longtemps. La culpabilité de ne pas arriver à changer notre perception des choses. Je n'allais pas répondre parce-que comme toi, souvent je n'ai aucune envie de socialiser, ni même d'en faire l'effort et présentement c'est le cas, je viens d'écrire quelque chose et j'en suis déjà épuisée.

Mais je tenais à te dire que tu n'es vraiment pas seule/seul à justement savoir qu'au fond.. tu ES seule/seul :|

On est toujours seul.

En crise de braillage, je répète sans cesse celà à mon conjoint et il me répète toujours "mais non, t'es pas seule, je suis là, tu peux m'en parler à moi et blablabla " mais c'est faux.

Aussitôt que les pleurs sont terminées, il ne réalise plus l'ampleur de ma détresse et boude si je ne semble pas de bonne humeur.

C'est ça la vie. Un être dépressif gâche la vie des autres et ça paraît, alors oui, on porte un masque pour les épargner et nous sommes les premiers à en souffrir.

Je dirais que d'enlever ce masque est vraiment un bon pas vers mieux.. il faut apprendre à se foutre de ce que les autres en pense, ça les regarde. Personnellement je ne suis pas capable parce-que je suis trop affectée par l'opinion des autres.

Bienvenue et si tu veux me contacter en pv, pas de problème. On se comprendra mutuellement si on ne se répond pas très vite à l'autre, je suis pareille, alors pas de stress.
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