Page 3 sur 3

Re: Tocophobie – peur de la grossesse et de l'accouchement

Posté : 24 juil. 2018, 12:03
par Elise77
Merci pour ces conseils Neptune.

J'ai déjà testé l'EMDR (pour autre chose) et c'est vrai que cela a été efficace, malheureusement le coût etait assez élevé.

Pour répondre à vos questions, j'adore les enfants, j'ai une belle fille de 11 ans avec qui j'ai noué une belle relation. Je travaille également avec des enfants et je suis passionnée par ce que je fais. Je pense avoir la fibre maternelle mais mon problème c'est surtout la "conception".
Je n'ai par contre aucune peur en voyant une femme enceinte (comme j'ai pu le voir dans certains témoignages) au contraire je trouve cela beau.
Je suis partagée car j'aimerais ressentir ce que ça fait de porter un enfant et en même temps je suis effrayée par cette l'idée.

Re: Tocophobie – peur de la grossesse et de l'accouchement

Posté : 24 oct. 2018, 20:17
par tocophobie
@Elise77
La thérapie cognitivo-comportementale, l'hypnose et l'EMDR sont des traitements qui peuvent effectivement vous aider à surmonter la tocophobie primaire. Tous ces efforts valent la peine pour avoir une meilleure qualité de vie. Je vous souhaite d'atteindre vos objectifs.

Re: Tocophobie – peur de la grossesse et de l'accouchement

Posté : 24 oct. 2018, 20:23
par tocophobie
Un article intéressant vient d'être traduit en français. Les auteures sont des chercheures universitaires du Royaume-Uni.

https://theconversation.com/tocophobie- ... ent-105265

Tocophobie : ces femmes qui vivent avec une peur extrême de la grossesse et de l’accouchement
Catriona Jones, Franziska Wadephul et Julie Jomeen
18 Octobre 2018

Les femmes ressentent très souvent de l’anxiété à l’égard du travail et de l’accouchement. Les inquiétudes liées à la douleur des contractions, aux interventions et à l’incertitude relative au processus sont monnaie courante. Mais chez certaines femmes, la peur du travail et de l’accouchement est si accablante qu’elle jette une ombre sur leur grossesse et nuit à leur fonctionnement quotidien.

Cette grande peur de l’accouchement est appelée « tocophobie » – terme qui signifie littéralement « phobie de l’accouchement ». Pour certaines femmes, elle s’accompagne également d’une aversion ou d’un dégoût de la grossesse.

La tocophobie se divise en deux types – primaire et secondaire. La tocophobie primaire est observée chez les femmes n’ayant jamais accouché. Chez ces femmes, la peur de l’accouchement provient habituellement d’expériences traumatisantes issues de leur passé – qui comprennent les sévices sexuels. Elle peut aussi découler du fait d’avoir assisté à un accouchement difficile, entendu des récits ou visionné des émissions qui dépeignaient l’accouchement comme un épisode embarrassant ou dangereux. Les femmes qui souffrent de tocophobie secondaire ont généralement vécu une expérience traumatisante lors d’un accouchement précédent qui a provoqué en elles la peur de donner naissance à nouveau.

Il est difficile de savoir jusqu'à quel point la tocophobie est fréquente. Les recherches suggèrent que 2,5 % à 14 % des femmes en souffriraient, alors que certains chercheurs parlent plutôt d’une proportion de l’ordre de 22 %.

La grande variabilité de ces chiffres tient au fait que les études concernent des femmes souffrant de tocophobie à divers degrés. Ainsi, là où certaines femmes auront une tocophobie relativement légère, d’autres présenteront un trouble nettement plus sévère. De plus, les chiffres recouvrent sans doute aussi des femmes souffrant d’anxiété et de dépression plutôt que de tocophobie.

Un événement pas heureux du tout
Les femmes souffrant de tocophobie sont issues de milieux très divers. Il est difficile de prédire qui sera touché, et ce, même s’il est clair que les femmes tocophobes seront aussi plus susceptibles de souffrir de troubles anxieux, de dépression, et d’éprouver d’autres problèmes de santé mentale.

Les recherches indiquent que certaines femmes ayant cette phobie décident d’éviter toute grossesse – ou envisageront l’avortement si elles se retrouvent dans cette situation. Enceintes, les femmes souffrant de tocophobie demandent parfois un accouchement par césarienne pour éviter le processus de mise au monde proprement dit.

Certaines femmes trouvent la grossesse très difficile, surtout le fait de devoir composer avec un ventre qui ne cesse de grossir et de sentir le fœtus bouger. L’anxiété, l’insomnie, les troubles alimentaires et l’apparition ou un risque accru de dépression anténatale constituent autant de conséquences connues de la tocophobie.

Un des effets de la tocophobie se manifeste durant l’accouchement : elle entraîne une prolongation du travail. Celui-ci a généralement lieu sous anesthésie péridurale, et requiert plus fréquemment l'utilisation de forceps ou d’une ventouse obstétricale – un dispositif de succion en forme de coupe qui est appliqué sur la tête du bébé pour faciliter l’accouchement. Ces interventions sont susceptibles d'avoir des conséquences pour les femmes et leurs bébés.

Par la suite, certaines femmes tocophobes établiront des relations moins satisfaisantes avec leurs bébés. Une expérience pénible au moment de l’accouchement rendra en outre certaines femmes plus craintives en cas de grossesse subséquente.

Traitement de la tocophobie
Des données empiriques révèlent que les soins cliniques prodigués aux femmes tocophobes sont inégaux. Mais la bonne nouvelle est qu'il existe de façons d'aider les femmes aux prises avec ce trouble. Certaines femmes trouvent bénéfiques de raconter en détail une expérience antérieure d’accouchement traumatisant, tandis que d’autres seront rassurées par l’obtention de renseignements sur le travail et l’accouchement. D'autres femmes, en revanche, peuvent avoir besoin d'un traitement plus ciblé – pour elles, des consultations psychologiques pourraient s'avérer utiles.

Bien des femmes estiment aussi profitable de visiter le service d’obstétrique et de parler aux sages-femmes et aux obstétriciens durant leur grossesse. D’autres se sentent isolées par leur phobie, car elles ont l’impression que personne d’autre n’éprouve une peur aussi intense que la leur. Pour ces femmes, le seul fait de savoir qu’elles ne sont pas seules dans ce cas s’avérerait réconfortant et bénéfique.

Surmonter une phobie
Dans le district de Hull et dans le comté du Yorkshire de l'Est, où existe un service de santé mentale périnatal destiné aux femmes et à leurs familles, la nécessité d'une approche cohérente pour prendre soin et soutenir les femmes souffrant de tocophobie est bien connue. Elle a amené un groupe de médecins, d’universitaires et de patients à collaborer afin d'établir un inventaire des soins et de l’aide disponibles pour ces femmes – et pour aider à combler les lacunes en matière de prestation de services.

Ces travaux précurseurs sont à l’avant-garde de la recherche sur la tocophobie et de la fourniture de services en lien avec cette affection au Royaume-Uni. Ils visent à s’assurer que les femmes qui en souffrent obtiennent tout le soutien nécessaire, et que leurs besoins psychologiques ou en lien avec leur grossesse sont satisfaits.

La tocophobie peut avoir des effets invalidants sur les femmes et sur leurs familles. Certaines d'entre elles évitent la grossesse, malgré leur désir d’avoir des enfants. La tocophobie assombrit aussi la grossesse de celles qui se retrouvent enceintes, et perturbe leurs choix en matière de travail et d’accouchement. Il faut donc s'efforcer de la prévenir autant que possible – et fournir aux femmes qui souffrent de ce trouble accablant un traitement efficace.

Traduit de l'anglais par Marlène Maltais, M.A., trad.a.

Re: Tocophobie – peur de la grossesse et de l'accouchement

Posté : 26 oct. 2018, 16:09
par tocophobie
Entrevue avec Dr Tuong Vi Nguyen, spécialiste en psychiatrie reproductive, à l'émission de radio Folie Douce, Montréal.
Elle explique ce qu'est la tocophobie.

https://youtu.be/QPuhEAzZyLQ?t=1

***

Série de 6 textes sur la peur de la grossesse et de l’accouchement rédigés par l'infirmière en périnatalité Marie Fortier.

http://mariefortier.com/la-peur-de-lacc ... ocophobie/

Re: Tocophobie – peur de la grossesse et de l'accouchement

Posté : 02 nov. 2018, 10:57
par tocophobie
Témoignage d'une femme souffrant de tocophobie primaire n'ayant jamais eu d'enfant.

Segment 1
https://youtu.be/cl6Z7PFrKlc

Segment 2
https://youtu.be/oqIeebIglNs

Re: Tocophobie – peur de la grossesse et de l'accouchement

Posté : 26 nov. 2018, 12:40
par tocophobie
On voit enfin plus de textes publiés en français sur le sujet. Voici un très bon dossier publié aujourd'hui dans un magazine suisse et qui aborde un grand nombre d'aspects de la tocophobie.

http://www.femina.ch/societe/news-socie ... raumatisme

Connaissez-vous la tocophobie, ou peur de la grossesse?
Femina
Publié le 26 Novembre 2018 par Nicolas Poinsot

Encore tabou et peu étudiée, la tocophobie, ou phobie de la grossesse, touche pourtant une à deux femmes sur dix. Les scientifiques commencent peu à peu à s’intéresser à ce phénomène pouvant entraver un désir d’enfant.

«Je voulais plus que tout au monde avoir un bébé, mais une fois enceinte, je n’avais qu’une pensée en tête: c’était lui ou moi.» Cette véritable terreur ressentie envers les neuf mois de gestation et l’accouchement peut susciter l’incompréhension. C’est pourtant un véritable trouble, recensé dans la classification internationale des maladies de l’OMS depuis 1997 et qui a même un nom: tocophobie.

«Il s’agit de la juxtaposition des mots grecs, tokos, contraction, et phobos, la peur, explique Lamyae Benzakour, médecin adjointe au centre de psychiatrie de liaison et d’intervention de crise des HUG. Le terme a été forgé à l’aube des années 2000 dans la littérature psychiatrique britannique, bien que ce phénomène soit connu de longue date.»

Un trouble à documenter
C’est en effet un certain Louis Victor Marcé, médecin français du XIXe siècle qui, le premier, rapporta l’existence de cette forme particulière de phobie. Sans la nommer spécialement, il en fait la description dans son si délicatement intitulé Traité de la folie des femmes enceintes, des nouvelles accouchées et des nourrices, en 1858. Bien qu’étant apparu dans le radar du monde médical depuis des lustres, le trouble demeure cependant un parent pauvre des recherches.

«Les connaissances scientifiques sur la tocophobie sont insuffisamment développées, on manque encore d’un corpus solide d’études sur le sujet, fait remarquer Lamyae Benzakour. Les spécialistes s’accordent néanmoins pour reconnaître une tocophobie primaire, présente chez les femmes sans enfants, et une secondaire, se manifestant après une première naissance, voire une tertiaire, survenant pendant la grossesse.»

L'enfer dure neuf mois
C’est même à peine si on sait en quelles proportions les femmes souffrent de tocophobie. Selon des travaux menés à l’université suédoise de Sundsvall en 2016, elles seraient entre 8 et 30%. Face à cette fourchette, qui fait figure de râteau, statistiquement parlant, une enquête finlandaise propose le chiffre de 9% environ. En 2017, une méta étude britannique a, elle, proposé l’estimation la plus fiable de l’avis des médecins: 14%. «Outre le manque de savoirs sur la thématique, cette disparité des chiffres trahit sans doute la difficulté à définir précisément ce qu’est la tocophobie et à en isoler les contours», note Antje Horsch, psychologue, collaboratrice de recherche au Service de néonatalogie du CHUV et professeure assistante à l’Université de Lausanne.

Déjà, de quelle peur parle-t-on concrètement? «La tocophobie recouvre en fait plusieurs craintes intenses, qui peuvent se superposer, observe la psychologue. Il y a la peur de l’accouchement, avec des douleurs qui pourraient s’avérer insoutenables et le risque de mourir ou d’être atteinte de profondes séquelles physiques à la suite de complications. Il y a aussi la peur de ne pas réussir à gérer la grossesse, avec ses éventuelles indispositions. Par ailleurs, ces sentiments sont indépendants du fait de ne pas vouloir d’enfant, nombre de femmes tocophobes déclarant être empêchées dans leur désir de maternité par leur trouble.»

Barrières défensives
Conséquence de cette autocensure, une femme sans progéniture sur dix n’a pas pu devenir mère à cause d’une tocophobie, avance le magazine Québec Science. D’ailleurs, cette peur est loin de se résumer à une simple absence d’envie de tomber enceinte, précise Lamyae Benzakour. «Elle génère fréquemment des cauchemars, des troubles du sommeil, des nausées et des pensées négatives obsessionnelles.» Elle pousse aussi souvent les femmes touchées à mettre en place activement tout un mécanisme de défense visant à faire descendre à zéro la probabilité de vivre une grossesse, comme la multiplication des barrières dressées entre leurs ovocytes et les spermatozoïdes des partenaires sexuels.

«J’utilise constamment une double contraception, confie Laura, Fribourgeoise de 29 ans. Bien que je prenne la pilule, j’exige toujours de mon homme qu’il mette un préservatif, alors que nous sommes en couple depuis 4 ans et vivons sous le même toit. En soi, l’idée d’avoir un bébé ne m’effraie pas particulièrement, mais je refuse de tomber enceinte. Je ne peux pas me le permettre. Les effets de la grossesse et de l’accouchement sont, selon moi, trop négatifs sur la santé et le corps féminin, sur la vie sexuelle également. Et puis j’ai peur que ça se passe mal.»

Jusqu’à l’avortement
Pour les autres, qui parviennent à dépasser leur crainte et acceptent de tomber enceintes, tout n’est pas résolu pour autant. «Souvent ces personnes, dès le début de leur grossesse, demandent à planifier une naissance par césarienne plutôt que par voie basse, relate Lamyae Benzakour, car elles sont terrifiées par l’idée d’accoucher. Si une grande peur est détectée, le médecin peut être amené à répondre favorablement à cette requête. Cela permet souvent d’apaiser l’anxiété de la patiente.»

Une enquête du centre universitaire canadien McGill démontre ainsi que la probabilité d’avoir recours à une césarienne est multipliée par trois ou quatre chez les tocophobes. Toutefois, dans quelques cas plus compliqués, la panique l’emporte sur tout le reste. Certaines en viennent soudain à demander un avortement, alors même que l’enfant était désiré au départ.

Comment expliquer que le mental se barricade autant face à l’éventualité d’une grossesse? «On retrouve une prévalence plus élevée à la tocophobie chez les personnes qui ont été victimes d’abus, qu’ils soient sexuels, émotionnels, physiques, ou chez celles qui ont déjà une histoire psychiatrique, analyse Antje Horsch. Les femmes tocophobes font souvent mention d’une peur intense de manquer de soutien social, d’être délaissées par le personnel médical durant leurs épreuves, d’être négligées par un partenaire peu investi dans le couple.»

Le choc des images
Lors d’un colloque consacré à la tocophobie et organisé en septembre dernier au Royaume-Uni, plusieurs intervenants ont en outre accusé internet, rapporte un article du Guardian. À en croire ces experts, le visionnage de vidéos trash sur les plateformes sociales, les témoignages tragiques dans certains forums de conseils sur la maternité et des scènes issues de films et séries auraient une influence néfaste. Au point, pour les spectatrices et internautes, de se forger une image de plus en plus anxiogène de l’accouchement.

«Il est encore difficile de diagnostiquer une augmentation des cas de tocophobie, nous ne savons pas si le fait d'avoir accès à plus d'informations est lié à une augmentation potentielle de ce trouble», relève Antje Horsch. Les profils à forte prévalence tocophobe présentant «un terrain anxieux de base, ces contenus potentiellement choquants pourraient avoir un impact réel», confirme Lamyae Benzakour.

Des people aussi
Toutefois, ce phénomène existait avant même l’invention du web. Dans une interview accordée en 2007, l’actrice anglaise Helen Mirren racontait ainsi ne jamais avoir voulu tomber enceinte. À l’origine de cette aversion pour la grossesse, un film sur la naissance projeté à l’école lors d’un cours de biologie quand elle avait 13 ans, qui l’avait traumatisée. Réaction extrême? La peur au cœur de la tocophobie n’est pourtant pas si déraisonnable en soi. Aux Etats-Unis, chaque année, plus de 600 femmes ne survivent pas à un accouchement.

En Suisse, la probabilité de décéder en voulant donner la vie est de 1 pour 9500, selon l’ONG Save the Children. «L’éventualité de subir des complications obstétriques graves existe et craindre pour sa vie lors d’un accouchement n’a rien de délirant, rappelle Lamyae Benzakour, mais il y a aujourd’hui une maîtrise du risque qu’on n’avait pas il y a seulement quelques décennies. À l’époque, des femmes mourraient encore en couche. Notre inconscient collectif actuel a probablement hérité de cette peur, bien que les drames soient devenus très rares.»

Le risque de souffrir
Ce n’est toutefois pas parce qu’un accouchement s’est bien déroulé, du point de vue médical, qu’il s’est forcément bien passé pour la mère. Il est en effet décrit comme traumatisant par une maman sur trois, même quand aucun danger particulier n’a surgi pendant l’événement, montrent plusieurs travaux sur la question. Une importance du vécu subjectif souvent sous-estimée, qui peut expliquer pourquoi la prévalence à la tocophobie double presque chez les femmes ayant eu un premier enfant, éclaire une étude finlandaise de 2014.

Quoi qu’il en soit, nombre de femmes ressentent de la peur face à la grossesse, avant ou après. Ayant élaboré une échelle de la peur de l’accouchement graduée de 1 à 6, des chercheurs de l’Université du Michigan ont demandé à des patientes de se situer: un tiers des sondées se plaçaient à 6. «Il ne faut pas pathologiser ces ressentis, éclaire Antje Horsch. Cependant ce qui caractérise vraiment la tocophobie, c’est un discours exclusivement négatif et anxieux, qui ne laisse la place à aucune autre nature d’émotion. Il existe désormais des questionnaires à remplir permettant de dépister ce trouble.»

Persistance d’un stigma
On peut non seulement mieux le détecter, mais aussi le soigner. Un accompagnement joignant les expertises de psychologues, de sages-femmes et de gynécologues peut aider à faire diminuer l’anxiété. «La thérapie cognitive comportementale est une technique qui a fait ses preuves en la matière, relève Antje Horsch. Après, il faut surtout faire des progrès dans la réception sociale de la tocophobie, moins connue que d’autres troubles du domaine périnatal, comme la dépression post-partum. Beaucoup de patientes n’osent pas en parler, par peur d’être jugées. Il y a encore un vrai stigma sur ces questions.»

Puisqu’elle est biologiquement programmée pour la maternité, une femme ne pourrait donc avoir aussi peur d’un accouchement que des araignées et des serpents? Ce qui explique peut-être pourquoi le sacro-saint DSM, bible des psychiatres détaillant tous les troubles mentaux en large et en travers, ignore toujours la tocophobie.

Camille, 33 ans, Neuchâtel: «J’ai avorté d’un enfant désiré»
Cela faisait quatre ans que moi et mon compagnon essayions d’avoir un enfant. C’était le rêve de notre vie de fonder une famille. Toutes nos économies y sont passées. Lors de la fécondation de la dernière chance, par miracle, je suis tombée enceinte. J’étais sur un petit nuage durant des semaines, je me réjouissais énormément, je pensais déjà à la chambre du bébé, à son prénom, tout ça.... mais tout a basculé ensuite, lorsque les premières nausées ont commencé. Je ne supportais plus le petit être qui grandissait en moi. Je ne cessais de ressasser que j’allais mourir si je le gardais.

On m’a fait hospitaliser et, durant deux semaines, plusieurs psychologues et psychiatres sont venus à mon chevet. J’ai également reçu des médicaments, mais rien ne pouvait me faire changer d’avis. Pas même les paroles de mes proches. C’était décidé, je ne pouvais pas le garder, alors j’ai pris la décision d’avorter. Aujourd’hui, mon couple est en pleine crise, mais je ne réalise pas encore complètement que ma maladie était d’ordre psychique. Pour moi, j’étais vraiment malade physiquement. C’était moi ou le bébé.

Lyna, 31 ans, Toulouse (F): «Il est très compliqué de soigner la tocophobie»
J’ai souffert de tocophobie lors de ma première grossesse, pour Louis, qui a 5 ans aujourd’hui. On a mis quatre ans pour arriver à ce fameux trait positif sur le test de grossesse. Ma vie était inconcevable sans enfants, mais la joie s’est très vite dissipée et a laissé place à des questions, des doutes, de la peur. J’ai commencé à prendre conscience que je portais, que je fabriquais un petit être humain et qu’au final je n’avais aucun contrôle sur ce qui se passait dans mon corps.

Toutes les mamans que j’ai connues, toutes à 98%, ont été vraiment heureuses enceintes, m’ont promis extase du 6ème mois, joie inouïe, libido explosive et j’en passe. Pour moi, tout cela n’a été qu’utopie, une longue descente aux enfers mois après mois. Déjà, lors de la première échographie, cela s’est accentué à cause d’un radiologue qui nous a gentiment dit: «Ce n’est pas parce que le cœur de votre fœtus bat qu’il va vivre.» La douche a été glaciale. Il était impossible pour moi de me projeter, de profiter de cette période sereinement.

Lors de ma deuxième grossesse, rebelote: je n’ai pas réussi à me détacher de toutes ces angoisses et j’ai donc détesté être enceinte. La seconde était même encore plus traumatisante. À trois semaines, on m’a dépisté une grossesse extra-utérine. Par chance, la cheffe de service a eu un doute et a effectué un second contrôle. Finalement, tout allait bien. À partir de jour-là, je n’ai jamais pu vivre cette grossesse comme j’aurais tant aimé pouvoir le faire.

Plus le temps passait, plus je redoutais également l’accouchement, qui avait été très compliqué pour Louis. J’ai été traumatisée par ces trois jours de travail et le fait que notre bébé ne bougeait plus à la naissance, avec un rythme cardiaque quasi plat. Par contre, celui d‘Henry a juste été merveilleux, heureusement. J’ai la chance d’avoir deux enfants et, honnêtement, je ne supporterais pas une troisième grossesse, psychologiquement ou physiquement, même si je n’ai que 31 ans.

Je pense qu’il est très compliqué de soigner la tocophobie. Et puis, je me suis sentie jugée lorsque, enceinte, je donnais mon avis sur le sujet. Les gens n’essaient pas de comprendre, ils ne prennent pas le temps d’analyser la peur qui envenimait notre quotidien et réduisait cela à: «Elle n’aime juste pas être enceinte.» C’était blessant, voire très humiliant.

Re: Tocophobie – peur de la grossesse et de l'accouchement

Posté : 17 janv. 2019, 16:17
par tocophobie
Un excellent podcast a été publié aujourd'hui par la britannique Alexia Leachman, créatrice du site web Fear Free Childbirth et ex-tocophobe. Elle explique 7 signes révélateurs qu'une femme souffre de tocophobie. Utile pour les tocophobes qui s'ignorent ou leur entourage.

https://www.fearfreechildbirth.com/blog ... okophobia/

J'ai traduit librement en français une partie du texte publié sur son site.

7 signes révélateurs indiquant qu'une femme souffre de tocophobie

Ce ne sont pas toutes les femmes atteintes de tocophobie qui présenteront chacune de ces situations, mais si vous en reconnaissez quelques-unes, c'est déjà un très bon indice.

1. Elles évitent les conversations sur les bébés, la grossesse et l'accouchement
On croit souvent que les femmes adorent parler des sujets relatifs aux bébés, mais ce n'est tout simplement pas vrai. Les femmes atteintes de tocophobie auront tendance à rester silencieuses si une conversation de groupe porte sur les bébés, la grossesse ou l'accouchement. C'est peut-être parce qu'elles n'ont rien à dire sur le sujet et qu'elles ne s'identifient pas aux propos qui sont échangés.

Mais il se pourrait aussi qu'elles n'osent rien dire à cause de la réaction possible des autres femmes. Très souvent, les femmes atteintes de tocophobie constatent que, lorsqu'elles parlent de ce qu'elles ressentent, les autres femmes ne comprennent pas ou ignorent leurs sentiments. Elles peuvent se sentir jugées ou avoir honte et alors elles se taisent.

2. Elles refusent de prendre un bébé dans leurs bras
Tenir un bébé dans leurs bras pourrait facilement les effrayer et susciter une vive réaction. Cela signifie qu'elles n'ont probablement jamais pris un bébé dans leurs bras.

3. Elles ont des peurs de type médical
Les femmes atteintes de tocophobie ont souvent une ou plusieurs peurs liées à des sujets médicaux. Il est donc très courant d'avoir peur des aiguilles et des injections, des hôpitaux ou des médecins ou des procédures médicales telles que les examens vaginaux.

4. Elles sont obsédées par la contraception
Une femme atteinte de tocophobie voudra éviter à tout prix la grossesse et l'accouchement, donc les moyens de contraception peuvent facilement devenir une obsession pour elle. Les tests de grossesse seront une source de terreur énorme en raison du résultat qu’ils pourraient indiquer.

Elles peuvent se retrouver à rêver de choses comme des utérus artificiels parce qu’elles ne veulent tout simplement pas porter un bébé.

Elles pourraient montrer un intérêt pour les mères porteuses ou l'adoption.

5. Elles sont mal à l'aise dans les relations sexuelles ou intimes
C'est simplement parce que les relations sexuelles peuvent mener à la grossesse et que la grossesse mène à l'accouchement, ce qui peut les terrifier. Donc, pour une femme atteinte de tocophobie, le meilleur moyen d'éviter l'un ou l'autre est tout simplement d'éviter les relations sexuelles.

Les relations intimes pourraient aussi être problématiques pour ces femmes, car elles peuvent conduire à des relations sexuelles. Pour cette raison, de nombreuses femmes atteintes de tocophobie ont du mal à développer des relations intimes. Il se peut aussi qu'elles sabotent leur relation amoureuse rendues à un stade particulier avec leur partenaire. Il s’agit souvent de l’étape « Passons aux choses sérieuses» où l’on discute de la possibilité de fonder une famille, mais cela pourrait aussi arriver plus tôt lorsque les relations sexuelles commencent à être plus présentes dans la relation.

6. Elles déplorent l'inégalité de genre et le fait que les hommes n'aient pas à accoucher
Il est courant pour une femme atteinte de tocophobie de penser qu'il est injuste que les femmes soient les seules à passer par l'expérience de la grossesse et de l'accouchement. Parce qu'elles envisagent ces expériences de façon très négative, elles détestent le fait qu'il leur incombera dans le couple de subir les difficultés et les risques de la grossesse et de l'accouchement.

Certaines éprouvent du ressentiment envers les hommes pour cet état de fait, mais pas toutes.

7. Elles ont peur de la mort
Il peut s'agir de la peur de mourir en couches ou que le bébé meure. À un niveau moindre, cela pourrait être une crainte de vivre des complications ou des problèmes de santé. Elles ne considèrent pas cette peur comme irrationnelle, comme on la décrit souvent. Pour elles, c'est une peur rationnelle; la mortalité maternelle est une chose qu’elles prennent très au sérieux et elles seront probablement bien informées sur les statistiques.

Ce ne sont là que quelques-uns des signes révélateurs qu'une femme souffre de tocophobie. Si vous pensez connaître une femme qui est tocophobe, soyez gentil et compréhensif.

Finalement, je pense qu'il vaut la peine de souligner le fait que la tocophobie ne se limite pas aux femmes. Les hommes peuvent en souffrir aussi.

Si un homme est tocophobe et que sa partenaire est enceinte, cela pourrait signifier qu'il aura du mal à rester dans la salle d'accouchement le moment venu.

Re: Tocophobie – peur de la grossesse et de l'accouchement

Posté : 22 mars 2019, 09:16
par tocophobie
:arrow: Un excellent texte sur la tocophobie est publié dans le numéro d'avril 2019 du magazine ELLE Québec. Pages 48 à 50 et le texte n'est pas disponible en ligne. Je salue l'audace d'ELLE Québec pour avoir abordé un sujet hautement tabou et ignoré autant par le grand public que la communauté médicale au Canada.

Re: Tocophobie – peur de la grossesse et de l'accouchement

Posté : 31 mars 2019, 11:51
par tocophobie
:idea: Un pas énorme vient d'être franchi dans la reconnaissance de la tocophobie par les professionnels de la santé au Québec : le sujet a été ajouté dans la mise à jour de mars 2019 du portail d'information périnatale de l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ)! Sortez la fanfare! :D

Il faudra maintenant que les personnes oeuvrant en périnatalité soient informées et formées, puis que des services cliniques efficaces et bien coordonnés soient accessibles. On peut espérer une amélioration des services offerts dans les années à venir... Il est grandement temps d'agir pour rattraper l'immense retard que nous avons comparé au Royaume-Uni.

Voir l'onglet "fiche complète", texte consultable directement en ligne ou fichier PDF téléchargeable. Pages 16 et 17 de la version imprimée.
https://www.inspq.qc.ca/information-per ... te-mentale

Re: Tocophobie – peur de la grossesse et de l'accouchement

Posté : 05 mai 2019, 10:39
par tocophobie
Le numéro d'avril 2019 du magazine ELLE Québec n'est plus disponible en kiosque. Je publie maintenant le texte intégral de l'article sur la tocophobie pour assurer une plus large diffusion sur le web.

Tocophobie, la peur d'enfanter

Audrey a toujours voulu avoir des enfants. Il y a deux ans, elle s’est mariée avec son conjoint, avec qui elle est en couple depuis une décennie. À 34 ans, elle sent son horloge biologique faire tic-tac. Et, pourtant, elle ne cesse de remettre à plus tard le projet de tomber enceinte. La raison? Elle souffre de tocophobie, une peur viscérale d’accoucher.

Texte Violaine Charest-Sigouin

Pour certaines femmes, la seule perspective d’être enceinte ou d’accoucher est la source d’une peur irrationnelle. Elles souffrent, parfois sans même le savoir, de ce trouble anxieux encore méconnu. «Pour moi, c’est l’équivalent d’accepter qu’on me donne un coup de couteau dans le ventre. Le simple fait d’y penser me fait paniquer. Je ne vois pas comment je pourrais passer au travers», confie Audrey.

Qui n’a pas déjà entendu une personne de son entourage lui faire le récit d’un accouchement difficile? Pas surprenant que de nombreuses femmes ressentent des appréhensions à la perspective de donner naissance à un enfant. Pour certaines, il s’agit toutefois d’une véritable phobie. «La peur de l’accouchement est très courante et peut affecter jusqu’à 25 % des femmes, observe Tuong-Vi Nguyen, professeure et psychiatre au Centre universitaire de santé McGill. Mais chez 10 % des femmes, elle est pathologique, c’est-à-dire qu’elle affecte leur fonctionnement normal dans la vie quotidienne.» Ces dernières souffrent de tocophobie, aussi nommée «anxiété spécifique à la grossesse» ou «peur phobique de l’accouchement». On parle de tocophobie primaire lorsque la personne atteinte n’a jamais eu d’enfant, comme c’est le cas d’Audrey. «La tocophobie secondaire est plutôt de l’ordre du stress post-traumatique suite à un accouchement difficile ou à la perte d’un nouveau-né», poursuit la psychiatre.

Marie-Josée appartient à la seconde catégorie. Elle peut difficilement parler de la naissance de sa fille, qui a aujourd’hui trois ans, sans avoir les larmes aux yeux. Et il ne s’agit pas de joie. Au départ, cette maman de 41 ans, qui travaille dans le domaine de l’édition, n’avait aucune crainte. Au contraire, elle voulait un accouchement naturel, sans césarienne ni épidurale. Elle ne se doutait pas que celui-ci allait durer 55 heures et serait suivi d’une douloureuse convalescence de deux mois, pendant laquelle elle aurait du mal à prendre soin de son bébé. «J’aurais aimé avoir un deuxième enfant, mais j’ai tellement peur de revivre cette expérience. On me dit souvent que les seconds accouchements sont plus faciles. Mon côté rationnel aimerait y croire, mais je suis trop traumatisée pour envisager cette option», admet-elle.

UNE PEUR INCONTRÔLABLE
La tocophobie concerne majoritairement les femmes, bien qu’elle puisse aussi toucher des hommes. Selon une étude suédoise de l’institut Karolinska, 11 % des futurs papas vivent avec cette phobie. Pour eux, c’est plutôt la peur de l’accouchement et d’être un mauvais parent qui les assaille. Il s’agit d’une crainte irrationnelle, au même titre que celle des hauteurs ou des serpents.

Selon Tuong-Vi Nguyen, la tocophobie primaire apparaît souvent à l’adolescence. On estime qu’une femme sans enfant sur 10 éviterait de tomber enceinte parce qu’elle en souffre, et que cette peur intense peut même mener jusqu’à l’avortement ou l’abstinence. «Elle peut être associée à des troubles anxieux ou à d’autres phobies, comme celles des hôpitaux, des piqûres ou du sang, ou encore des problèmes sexuels et même à des troubles alimentaires, explique la psychiatre. Parfois, le fait qu’un membre de la famille ou de l’entourage ait vécu un accouchement difficile peut être un facteur déclencheur.»

Très tôt, il a été clair dans l’esprit de Sylvie qu’elle n’aurait jamais d’enfant. Lorsqu’elle était dans la vingtaine, elle a même songé à se faire stériliser. «J’avais des crises d’anxiété simplement en entendant des femmes parler de leur accouchement. Le seul fait de voir des images ou de lire sur le sujet pouvait me causer un évanouissement. Quand la peur est extrême, comme dans mon cas, elle nous rend dysfonctionnelle dans notre vie quotidienne», soutient cette cinquantenaire. C’est en tombant par hasard sur un article dans lequel une tocophobe racontait son accouchement – une lecture qui lui a d’ailleurs causé une crise d’angoisse – que Sylvie a réalisé qu’elle en était aussi atteinte. «J’ai passé 45 ans de ma vie à penser que j’étais la seule femme sur terre à souffrir de cette peur et à ne pas oser en parler», déplore-t-elle.

Ce sentiment, Audrey le partage aussi. Dans sa famille, accoucher est perçu comme un moment merveilleux. «Ma soeur a trois enfants et aimerait tomber enceinte juste pour revivre cette expérience. Je croyais que j’étais seule dans ma situation et que toutes les femmes passaient par-dessus leurs craintes», raconte celle qui travaille dans l’industrie de la mode. Elle ne souffre d’aucune autre phobie, mais admet toutefois avoir une personnalité anxieuse et avoir déjà consulté un psychologue pour des problèmes de stress et des crises d’angoisse. Si la douleur associée à l’accouchement lui donne le vertige, la grossesse ne lui fait pas du tout peur. «Je trouve les femmes enceintes magnifiques et je me vois très bien avec le ventre rond», assure-t-elle.

Au contraire, Judith, elle, n’a pas du tout d’inquiétude concernant l’accouchement. Par contre, elle est tombée enceinte à trois reprises au cours de sa vingtaine et chaque fois elle n’a pu faire autrement que d’avorter, même si elle désirait plus que tout avoir un enfant. À chacune de ces occasions, elle s’est retrouvée dans un état de panique extrême causé par un même élément déclencheur: la peur d’annoncer la nouvelle à ses parents qui la trouvaient trop jeune pour fonder une famille. «Enceinte, je n’étais plus la même personne, raconte celle qui a aujourd’hui 31 ans. Je pouvais passer plusieurs jours sans dormir. Je développais des symptômes de paranoïa et des idées suicidaires. J’ai même tenté un avortement moi-même en prenant des médicaments, parce que j’étais trop anxieuse. Ce qui a mis ma santé en danger.»

La dernière fois que Judith est tombée enceinte, elle croyait pourtant que c’était la bonne. Elle avait alors 25 ans, une relation stable, une maison et une bonne situation. Mais lorsqu’elle a annoncé à ses parents qu’elle était enceinte, ils ont mal réagi. Elle a une fois de plus été happée par une vague d’angoisse et s’est fait avorter à trois mois de grossesse. Son couple n’a pas tardé à voler en éclats, et elle, à sombrer dans la dépression. «Certains dommages sont irréparables. J’ai vu mon bébé mort et je ne me le suis jamais pardonné», confie-t-elle. Aujourd’hui, la jeune femme est de nouveau en couple, et son désir d’avoir un enfant est toujours aussi grand. Son conjoint et elle songent à avoir recours à une mère porteuse. Car pour Judith, plus question de tomber enceinte.

DES PISTES À SUIVRE
Au Canada, la tocophobie demeure mystérieuse, et peu de ressources existent pour les femmes qui en souffrent. Depuis quelques années, ce trouble suscite toutefois un intérêt croissant dans le monde, et de nombreuses études ont été publiées sur le sujet. Dans les pays scandinaves, au Royaume-Uni et en Australie, des cliniques périnatales multidisciplinaires ont été mises sur pied afin d’offrir des traitements mieux adaptés aux tocophobes.

Claire Marshall est à la tête d’une équipe d’obstétriciens, d’infirmières et de sages-femmes qui, en collaboration avec l’université de Hull, en Angleterre, a développé une procédure de soins spécifiquement conçue pour celles qui appréhendent l’accouchement. «Les femmes qui nous consultent ont différentes raisons d’avoir peur, observe cette infirmière spécialisée en santé périnatale. Nous leur offrons du soutien et des traitements adaptés à leurs besoins. Par exemple, si une patiente craint une hémorragie, elle peut rencontrer une sage-femme spécialisée ou un obstétricien afin de diminuer les risques. Si elle redoute plutôt la douleur, nous développons avec elle un plan de naissance et nous lui offrons la possibilité de discuter avec un anesthésiste. Dépendamment de leur stade de grossesse, les patientes peuvent également suivre une thérapie cognitivo-comportementale. Mais elles ne disposent pas toujours du temps nécessaire. Un bébé, ça n’attend pas!»

Ces soins adaptés font une réelle différence dans la vie de ces femmes, d’autant plus que l’anxiété peut être à l’origine de complications qui confirment certaines craintes. «Les tocophobes ont tendance à vivre de plus longs accouchements qui nécessitent davantage d’interventions, que ce soit l’utilisation de forceps ou l’administration d’épidurale», indique Claire Marshall. Ces dernières sont également plus susceptibles de souffrir de dépression post-partum et d’avoir de la difficulté à créer un lien d’attachement avec leur bébé.

L’ESPOIR D’AVOIR UN ENFANT
Aujourd’hui, Audrey est déterminée à vaincre sa phobie de l’accouchement. «Je m’en voudrais de ne pas avoir d’enfant simplement parce que j’ai peur», soutient-elle. Depuis quelques mois, elle apprend à contrôler la douleur et à maîtriser sa peur dans le cadre d’une psychothérapie offerte par le Centre universitaire de santé McGill et qui est couverte par la Régie de l’assurance maladie du Québec. «Je trouverais extrêmement paniquant de faire le grand saut sans avoir d’abord réglé ma crainte de l’accouchement», dit-elle.

Des traitements employés pour les troubles anxieux s’avèrent très efficaces pour vaincre la tocophobie, que ce soit la thérapie cognitivo-comportementale ou l’EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing). Sylvie a eu recours à une technique similaire nommée Intégration par les mouvements oculaires (IMO). Ce traitement lui a permis de désamorcer sa phobie, notamment en revoyant une scène d’accouchement d’un film qui, autrefois, lui avait causé une crise d’angoisse.

Selon elle, les personnes qui souffrent de tocophobie ont intérêt à prendre les moyens pour vaincre leur peur, qu’elles désirent avoir des enfants ou non. «Pendant de longues périodes de ma vie, je me suis sentie anormalement fatiguée, confie-t-elle. L’anxiété et les phobies peuvent mener à la dépression. La question qu’on doit se poser, c’est: “Est-ce que cette peur affecte mon quotidien?” Si la réponse est “oui”, on doit absolument s’en occuper.» Et se donner la chance de continuer sa vie plus sereinement.