C'est long, longtemps

Pour les familles et les amis d'une personne atteinte de troubles anxieux, dépressifs ou bipolaires
Golfeur
Messages : 29
Enregistré le : 15 févr. 2010, 11:25

C'est long, longtemps

Message par Golfeur » 18 juin 2011, 00:46

C'est pas facile de vivre avec une personne bipolaire. Mais, moi, je suis chanceux. L'autre prend ses pilules au point où c'est exemplaire.

Même à ça, des fois je plie des genoux. Il y a une union sur dix qui marche avec un bipolaire. Je sais pourquoi.

Quand c'est tough, c'est plus que tough. Quand ça va bien, on reste sur les nerfs. Les oreilles me silent. Surtout, qu'il faut ramasser les pots cassés encore pis encore.

J'ai entendu des psys me parler du sauveur. Ok, je suis un sauveur. Je veux sauver ma famille et ma vie amoureuse. Boy, c'est pas reposant.

Des fois, je trouve que faut être le parent des enfants. Ça, je m'y attendais. J'ai choisi d'être parent.

Des fois, je trouve aussi que je dois être le parent des enfants et celui de mon conjoint. Après 20 ans, ça, je m'y attendais pas.

Je sais que ça va fâcher des personnes atteintes de la maladie, ce que je dis. Par contre, souvent, les victimes de la maladie deviennent des nombrils qui sont forcés de se regarder. C'est la maladie.

Faut puiser dans ses forces ben profondes pour être à la fois parent d'enfants (des fois bipolaires, parce que c'est héréditaire) et avoir le sourire aux lèvres.

J'ai des petites recettes pour me ramener. Je sors de la maison. Je vais faire de la photo, je vais frapper des balles de golf (de là mon nom) et je promène les chiens. C'est pas par égoïsme, c'est pour essayer d'avoir de l'allure pour m'occuper des enfants, du conjoint et de la famille que ça fait.

Sauf, que des fois, j'ai pas, mais pas pantoute, le goût de revenir à la maison. J'aimerais ça me retrouver dans un chalet sur le bord d'une rivière ben tranquille à regarder l'eau passer, ben de bonne heure le matin, pis de voir le soleil se lever et les poissons sauter pour attraper les premiers insectes du matin, comme je voyais ça quand j'étais petit-gars.

Mais faut être adulte et voir au mieux.

Amis bipolaires, prenez vos médicaments et suivez vos psychothérapies pour vous et pour ceux qui vous aiment.

Waldgänger
Messages : 812
Enregistré le : 11 juin 2011, 19:17

Re: C'est long, longtemps

Message par Waldgänger » 18 juin 2011, 02:20

Qu'est-ce que je fais debout à 2h.35 am? Ha oui, le grondement du tonnerre m'a réveillé. Alors ta phrase ne me fâches pas du tout puisqu'il s'agit d'une vérité, corrodante certes mais vérité tout de même.

"Il y a une union sur dix qui marche avec un bipolaire" Good news! Je comprend, maintenant, une amie qui me dit que je dois attendre qu'elles deviennent amoureuses avant de leurs parler de ma maladie.-sic-

Ne pas avoir envie de revenir à la maison, je lorgne aussi les bancs du parc près de chez moi parfois non pas parce que je suis le parent d'une conjointe mais le père de mon père aux dires de mon médecin et je vis avec mais on est comme l'huile et l'eau, aucun mélange possible.

Je suis pas dans la classe des sauveurs, je suis dans celle des masochistes!

Mais faut être adulte et voir au mieux, comme tu-dit.

Catnip
Messages : 202
Enregistré le : 16 juil. 2010, 15:18

Re: C'est long, longtemps

Message par Catnip » 18 juin 2011, 10:24

Golfeur a écrit :Sauf, que des fois, j'ai pas, mais pas pantoute, le goût de revenir à la maison. J'aimerais ça me retrouver dans un chalet sur le bord d'une rivière ben tranquille à regarder l'eau passer, ben de bonne heure le matin, pis de voir le soleil se lever et les poissons sauter pour attraper les premiers insectes du matin, comme je voyais ça quand j'étais petit-gars.
Salut Golfeur,

Ça fait longtemps!

Cette phrase m'a marqué car je me souviens très d'avoir eu à jouer le rôle du parent avec mon père à deux reprises. La première fois j'avais 15 ans et je devais le supporter dans sa dépression. Subir ses crises, accepter d'entendre son mal de vivre, suporter ses menaces de se suicider... C'était très difficile à vivre pour une ado de 15 ans qui souffait déjà psychologiquement. Je ne voulais plus rentrer à la maison car l'atmosphère était devenue très lourde, voir même insupportable. Le pire c'est que mon père avait vécu la même situation avec sa mère et il savait à quel point c'est difficile de jouer le rôle du parent quand on et un simple enfant. Il n'y a rien de méchant dans ton message et rien pour offusquer qui que ce soit. Tu as le droit d'exprimer ta colère, ta déception, ton découragement lorsque vous vivez des moments plus difficiles que d'autres. C'est légitime et compréhensible.

Je ne te vois pas comme un sauveur car les sauveurs finissent par se décourager avec le temps car ils vivent généralement dans ''l'espoir que tout va changer pour le mieux''. Je te vois plus comme une personne sensible, empathique, sympatique, forte, réaliste, persévérante et honnête. Tu sais mettre tes limites, tu sais comment te protéger, tu as trouvé le moyen de te donner des répits quans tu sens que tu en as besoin. Ce n'est pas tous les conjoints(tes) qui sont prêts à faire autant d'efforts pour comprendre la maladie et apprendre à vivre avec. Tu es un personne exemplaire et tu devrais être fière de toi. :)

Je te souhaite bon courage Golfeur et fais attention à toi. :)

Catnips
A first visit to a madhouse is always a shock. -Anna Freud

Bibine
Messages : 1540
Enregistré le : 28 févr. 2011, 19:07
Localisation : Victoria, C.-B.

Re: C'est long, longtemps

Message par Bibine » 18 juin 2011, 10:28

Salut!

Je suis d'accord avec toi golfeur!

Je me demande sans arrêt ce qu'il fait là mon chum, que j'aime énormément d'ailleurs mais qui s'est donné comme c'est pas permis, juste avec le mini-espoir que j'aille mieux un jour.

Je le remercie tous les jours de tout ce qu'il a fait et ce qu'il fait pour moi. Je trouve ça important qu'il le sache, que je suis sincèrement reconnaissante. On est un de ces rares couples qui durent, et en plus c'est pas nécessairement des histoires faciles.

On est très différents, mais ce qui nous unis c'est qu'on veut réellement que ça aille mieux, personnellement mais aussi ensemble. On est des co-équipiers plus que des amoureux, on s'épaule, on communique, on est présent, on s'observe et on se comprend.

Mon chum a fait une thérapie-cognitive-comportementale, pour s'aider à vivre mieux avec lui même dans sa relation avec moi. Il l'a pas fait pour moi et je ne lui ai jamais même suggérée...il l'a fait pour lui et lui seul. Ça a pas été facile mais aujoud'hui notre relation est différente, on se parle de plus en plus d'adulte à adulte, plutôt que de faire des "transactions" parent-enfant.

Il a lu 2 livres qui l'ont beaucoup aidé: La dépression contagieuse (j'ai pas l'auteur malheureusement, désolée) qui l'a aidé à se détacher et à prendre conscience qu'il ne doit pas sombrer avec moi s'il veut rester dans la relation.

Le 2e livre c'est : Je réinvente ma vie de Jeffrey Young et Janet Klosko. Dans ce livre ils parlent beaucoup des schémas de comportement, qui fait qu'on se remet étrangement toujours dans les mêmes situations, même si on a changé d'âge, d'endroit et de personnes, les émotions ressenties sont identiques...ce livre explique pourquoi et quoi faire, quoi changer pour devenir vigilant et éventuellement modifier ces schémas récurrents qui nous empoissonnent la vie. Tu ne seras pas surpris d'apprendre que les schémas de mon chum complètent exactement les miens et on s'alimente l'un et l'autre dans notre folie!

Mais il y a de l'espoir, surtout si la personne bipolaire prend soin d'elle-même, suit ses médicaments et fait de la thérapie. Je suis convaincue qu'il est possible d'arriver à vivre avec ça, d'arriver à être bien avec soi-même, peu importe nos défaults et nos faiblesses. Mais ça prend du temps et du courage, il faut se donner le droit de mériter ces bonnes choses.

Pour ce qui est du sacrifice, oui, si tu veux donner autant c'est ton droit, tu peux le faire bien entendu...mais surtout ne te noie pas, n'oublie pas qui tu es, où tu te positionne dans tout ça et où sont tes limites. Sois capable de dire non, et de dire: "Wo, là c'est trop pour moi!".

Mon chum m'a rentré à l'hopital psychiatrique 2 fois, parce qu'il était plus capable, parce que ça dépassait ses ressources. Je suis contente qu'il l'aie fait, même si c'était l'enfer entre ces 4 murs-là. Je ne lui en voudrait jamais de s'être respecté. Il m'a montré ça le respect de soi-même, avant lui j'avais jamais eu d'exemple.

Si jamais tu sens que c'est trop pour toi à certains moments, hésite pas à appeller une ligne d'écoute, à aller à un centre de crise ou à aller consulter pour toi personnellement. C'est comme les chars, on s'improvise tous un peu mécaniciens, mais des fois, ça prend vraiment des outils qu'on a pas dans notre peiti coffre à la maison!

Je trouve ça excellent ce que tu dis par rapport au temps que tu t'accordes juste à toi. C'est crucial pour ta propre santé mentale. Faire le vide, décrocher le plus possible et puiser des forces. Surtout ne fais pas l'erreur d'arrêter ces activitées, c'est grâce à elles que tu arrives à être aussi fort.

As-tu des amis en dehors de tout ça, que tu peux voir régulièrement pour te changer les idées?

Bonne chance dans vos vies respectives et gêne-toi pas, reviens nous écrire!

tee
Messages : 97
Enregistré le : 15 févr. 2010, 10:13

Re: C'est long, longtemps

Message par tee » 18 juin 2011, 10:36

Golfeur a écrit :C'est pas facile de vivre avec une personne bipolaire. Mais, moi, je suis chanceux. L'autre prend ses pilules au point où c'est exemplaire.

Même à ça, des fois je plie des genoux. Il y a une union sur dix qui marche avec un bipolaire. Je sais pourquoi.

Quand c'est tough, c'est plus que tough. Quand ça va bien, on reste sur les nerfs. Les oreilles me silent. Surtout, qu'il faut ramasser les pots cassés encore pis encore.

J'ai entendu des psys me parler du sauveur. Ok, je suis un sauveur. Je veux sauver ma famille et ma vie amoureuse. Boy, c'est pas reposant.

Des fois, je trouve que faut être le parent des enfants. Ça, je m'y attendais. J'ai choisi d'être parent.

Des fois, je trouve aussi que je dois être le parent des enfants et celui de mon conjoint. Après 20 ans, ça, je m'y attendais pas.

Je sais que ça va fâcher des personnes atteintes de la maladie, ce que je dis. Par contre, souvent, les victimes de la maladie deviennent des nombrils qui sont forcés de se regarder. C'est la maladie.

Faut puiser dans ses forces ben profondes pour être à la fois parent d'enfants (des fois bipolaires, parce que c'est héréditaire) et avoir le sourire aux lèvres.

J'ai des petites recettes pour me ramener. Je sors de la maison. Je vais faire de la photo, je vais frapper des balles de golf (de là mon nom) et je promène les chiens. C'est pas par égoïsme, c'est pour essayer d'avoir de l'allure pour m'occuper des enfants, du conjoint et de la famille que ça fait.

Sauf, que des fois, j'ai pas, mais pas pantoute, le goût de revenir à la maison. J'aimerais ça me retrouver dans un chalet sur le bord d'une rivière ben tranquille à regarder l'eau passer, ben de bonne heure le matin, pis de voir le soleil se lever et les poissons sauter pour attraper les premiers insectes du matin, comme je voyais ça quand j'étais petit-gars.

Mais faut être adulte et voir au mieux.

Amis bipolaires, prenez vos médicaments et suivez vos psychothérapies pour vous et pour ceux qui vous aiment.
Tu ne me fâches pas du tout. Je te comprends et sans doute que tu devrais faire un petit voyage ou passer tes vacances tout seul pour n'avoir que toi-même à t'occuper. Si elle prends ses médicaments et va chez le docteur, elle devrait être capable de s'organiser. Tu as besoin de souffler et de te retrouver parce que tu t'es trop investi...Tu n'es pas un "sauveur" ni "Superman"...tu es juste un être humain. Peut-être que tu pourrais passer quelque temps à te regarder le nombril, toi aussi.

En même temps, peut-être que ta conjointe réapprendrais à être plus indépendante.

Bonne chance!!

tee

Avatar du membre
ladolcevita
Messages : 132
Enregistré le : 13 juin 2011, 19:17

Re: C'est long, longtemps

Message par ladolcevita » 18 juin 2011, 10:58

Bonjour à toi golfeur ;)

Ton message m'a touchée... non pas que je sois capable de me mettre dans tes souliers, mais plutôt dans ceux de la personne qui partage ta vie.

Je suis moi-même bipolaire et crois-moi, les premières années après avoir reçu mon diagnostic, j'étais la personne la plus désagréable à cotoyer. Je sais, je ne me lance pas des fleurs, mais c'est la vérité. À cette époque, je n'arrivais pas à concevoir que j'allais devoir vivre avec cette réalité toute ma vie... je me sentais sans ressources et j'en avais ras-le-ponpon (!) de la prise de médicaments en essais-erreurs. C'était très éprouvant, autant pour le corps que pour mon esprit.

Aujourd'hui, plus de quinze ans plus tard, j'ai trouvé une paix qui est venue calmer mes esprits. Je n'agit plus de la même façon, j'ai appris à vivre avec ma maladie et surtout, à faire de la prévention. Toutefois, lorsque je regarde en arrière, je réalise que la maladie affective bipolaire n'excuse pas tous les gestes posés. Il faut se responsabiliser au meilleur de ses capacités et surtout, être conscients que notre partenaire de vie en a lourd sur les épaules. J'ai perdu de nombreux conjoints à cause de ma maladie.... c'était trop pour eux (et je ne peux absolument pas les blâmer).

Tu dois être capable d'évaluer quelles sont tes limites. Tu dois prendre soin de toi autant, sinon plus que la personne avec qui tu partages ta vie. En étant fort et plein de ressources, tu seras mieux équipé pour aider la personne que tu aimes.
Suggestion de lecture (désolé, c'est en anglais): LOVING SOMEONE WITH BIPOLAR DISORDER de Julie A. Fast.

Ne t'oublie surtout pas! Tu dois réaliser que tu ne peux pas faire l'impossible, tu n'es pas le sauveur du monde et pire encore, la personne malade a aussi une part de responsabilité. Tu peux être un excellent accompagnateur dans la maladie, mais pas un guérisseur... ne l'oublie pas (ne T'OUBLIE pas) :)

Catnip
Messages : 202
Enregistré le : 16 juil. 2010, 15:18

Re: C'est long, longtemps

Message par Catnip » 18 juin 2011, 11:16

tee a écrit :Tu n'es pas un "sauveur" ni "Superman"...tu es juste un être humain.


Copieuse! :lol: :P
tee a écrit :Peut-être que tu pourrais passer quelque temps à te regarder le nombril, toi aussi.
La suggestion de Tee n'est vraiment pas bête. Elle a raison. Un p'tit weekend à l'extérieur de la maison pourrait te faire du bien. :)

Catnips
A first visit to a madhouse is always a shock. -Anna Freud

Golfeur
Messages : 29
Enregistré le : 15 févr. 2010, 11:25

Re: C'est long, longtemps

Message par Golfeur » 19 juin 2011, 14:51

Merci à vous tous,

C'est bon de vous lire. Surtout que vous parlez en connaissance de cause.

Et vos encouragements et vos suggestions ne tombent pas dans l'oreille d'un sourd.

Au plaisir de vous lire quand ça va bien et à celui de vous épauler dans les autres moments. :D

mariejop
Messages : 8
Enregistré le : 07 janv. 2011, 10:24

Re: C'est long, longtemps

Message par mariejop » 19 juin 2011, 18:10

Comme c'est encourageant de te lire, je vis moi aussi avec un conjoint bipolaire.... y'a des jours ou j'ai envie de tout lâcher... et quand je vois briller un cimple petit rayon de soleil a l'horizon mon coeur recommence a battre et tout va pour le mieux.

J'ai aussi l'impression de jouer le rôle de la mère de mon conjoint de temps en temps mais c'est comme ça.

Malgré le fait que je travail a temps plein, j'étudie en psycho et je vais bientôt commencer un dîplome de 2 cycle sur les maladies mentales.

Oui il a des sauts d'humeur, oui parfois tout explose, mais je sais que je n'ai pas affaire avec un détraquer ou quelques chose du genre... j'ai vécu avec cet homme presque 6 ans une relation très harmonieuse avant que les premiers symptômes arrivent .

Merci de ton témoignage, de cette façon je sais qu'il existe quelqu'un comme moi a quelque part...

;)

Golfeur
Messages : 29
Enregistré le : 15 févr. 2010, 11:25

Re: C'est long, longtemps

Message par Golfeur » 25 juin 2011, 21:30

Ben, un gros merci!

Merci à Wäldanger, à Catnip, à Bibine, à tee (l'aide de tout golfeur), à ladolcevita et à mariejop.

On a eu un break.

On se retrouve pour un bout. Ça fait et ça fera le temps que ça durera, mais vous n'y êtes pas pour rien.

Vous m'avez donné des bons mots et ces mots ont été utiles à un couple.

C'est ben plaisant.

J'espère et je n'espère pas vous retourner la pareille. J'espère vous la retourner si c'est nécessaire. J'espère ne pas avoir à le faire parce que vous allez bien.

Dans un cas comme dans l'autre, je demeure attentif à votre sort et je demeure au service de votre bien-être.

Portez-vous bien!

Répondre